Rencontre avec Benjamin Loiseau, fondateur de MANO, agence d’architecture et d’urbanisme en résidence à 104factory
MANO est une agence d’architecture et d’urbanisme engagée dans une pratique résolument participative. Fondée par Benjamin Loiseau, architecte de formation et chercheur en urbanisme, elle développe une approche exigeante du codesign, où la conception se construit au croisement des usages, des imaginaires et de l’expertise habitante.
Au cœur de leur actualité : un projet pilote à Trappes, centré sur la transformation du centre-ville, dans le cadre d’un programme d’envergure porté par la Ville et ses partenaires. MANO y intervient pour conduire une démarche de concertation ambitieuse, à la fois urbaine, sociale et territoriale.
L’architecture comme levier d’action collective
Trappes, un laboratoire de ville
À Trappes, MANO accompagne un projet d’envergure : le recouvrement d’une infrastructure routière majeure qui scinde le centre-ville. Ce projet, doté d’un budget de près de 90 millions d’euros, vise à rétablir des continuités urbaines, sociales et paysagères aujourd’hui rompues.
La mission de MANO ? Mobiliser les habitant·e·s dès les premières étapes : à travers des permanences régulières (tous les mercredis et vendredis de septembre et octobre, au 26 rue Jean Jaurès), des balades urbaines, des ateliers sur maquette, des entretiens qualitatifs et des temps de restitution publique. Ce travail vise à recueillir les besoins, les idées et les désirs, mais aussi à identifier des personnes-relais, formées et rémunérées, qui pourront porter cette dynamique dans le temps long.
Une méthodologie située : codesign et ancrage local
Chez MANO, la concertation n’est ni une étape annexe ni une obligation réglementaire. Elle est la matière première du projet. L’équipe ne vient pas consulter, elle conçoit avec. Les outils mobilisés (maquettes évolutives, cartes sensibles, protocoles d’entretien, récits de vie) participent à créer un langage commun entre professionnels et habitant·e·s, permettant à chacun·e d’intervenir dans le processus de décision.
Cette posture suppose un temps long, une présence soutenue sur le terrain, et une attention constante aux dynamiques locales. À Trappes, c’est Issam Mostefai, membre de l’équipe, qui assure cette présence quotidienne. Véritable figure pivot du projet, il incarne cette capacité à articuler l’expertise professionnelle et la parole des habitant·e·s.

Recherche-action : penser et transmettre autrement
MANO se distingue par sa capacité à articuler recherche académique et action concrète. À l’origine de l’agence, une thèse sur les dispositifs participatifs en urbanisme. Aujourd’hui, cette réflexion s’incarne dans une posture singulière : faire de chaque projet un terrain d’expérimentation critique, où les outils de la recherche (documentation, modélisation, évaluation) sont intégrés à la pratique architecturale.
Mais MANO ne s’arrête pas là : leur ambition est aussi de former des chercheur·se·s de terrain – habitant·e·s, étudiant·e·s, jeunes professionnel·le·s – capables de prolonger la dynamique une fois l’équipe partie. Une partie des ressources du projet est ainsi allouée à ces personnes, reconnues et rémunérées pour leur contribution. C’est une manière de redistribuer la valeur créée, de renforcer la capacité d’agir locale, et de construire une architecture réellement collective.

Une vision systémique : du social à l’esthétique, en passant par le politique
Pour MANO, l’architecture est par essence transversale : sociale, écologique, esthétique, politique. Ces dimensions ne sont pas juxtaposées mais imbriquées. L’agence assume une priorité sociale – celle de rendre visibles et actrices des populations trop souvent marginalisées dans les processus de transformation urbaine – sans négliger pour autant l’exigence de qualité architecturale et la profondeur des enjeux environnementaux.
Cette approche intégrée guide leur démarche à Trappes comme ailleurs : concevoir des espaces vivants, portés par celles et ceux qui les habitent, en tenant compte des contraintes techniques, institutionnelles, mais aussi des dynamiques humaines, sensibles et symboliques.
104factory : un levier de croisement et de résonance
Rejoindre 104factory s’inscrit dans cette logique d’hybridation. L’équipe de MANO y voit l’opportunité de croiser sa démarche avec d’autres champs : design social, arts visuels, numérique, action culturelle, innovation territoriale.
Plusieurs pistes émergent déjà :
- Le développement de formats de restitution innovants (expositions, installations, récits interactifs),
- La création de modules pédagogiques autour du codesign territorial,
- Des collaborations avec des bailleurs sociaux ou collectivités autour d’appels à projets,
- Et la transmission à de jeunes praticien·ne·s, via des stages, résidences ou ateliers.