Explorer une histoire immersive avec Samuel Lepoil, cofondateur de Tamanoir Immersive Studio et le podcast créatif, Minuit dans les Étoiles

Qu’est-ce qu’une expérience immersive? Samuel Lepoil la définit comme un moment que l’on vit vraiment, avec une « suspension d’incrédulité ». Et dans ce premier épisode de cette saison en partenariat avec le podcast Minuit dans les étoiles, 104factory vous propose de tenter d’apprivoiser le langage de l’immersion avec Samuel.

Samuel fait ses études à La Sorbonne où il explore cinéma audiovisuel et nouvelles écritures puis intègre l’école des Gobelins pour suivre le cursus de « game design » et jeux vidéos (expériences digitales et interactives). Il se passionne pour le théâtre et décide de fonder avec Rémi Large le Tamanoir Immersive Studio qui s’installe à 104 factory en septembre 2019. Pour eux, l’immersion se conçoit comme une nouvelle forme d’expression aux facettes multiples et ils sont convaincus qu’inventer des expériences immersives n’est pas qu’une affaire de technologie.

« Inventer des expériences immersives n’est pas qu’une affaire de technologie »

 

2:50′ Il nous parle de la créativité de son enfance, de la BD au théâtre puis à l’écriture de petite histoires pour ses camarades de classe. Il évoque la création d’un imaginaire commun à l’adolescence. Il nous raconte sa découverte du game design et décrit en particulier un jeu vidéo narratif, « Portal », dans lequel un personnage sans visage visible interagit avec un robot entre bienveillance et perversité… qui est pour lui un vrai élément déclencheur qui lui donne envie de mêler interactivité et théâtre, en dehors du jeu vidéo.

8:12′ Samuel nous parle des projets de Tamanoir Immersive Studio centrés sur l’interactivité, à savoir la collaboration, là où le jeu essaie de provoquer du « fun ». Mais l’interactivité nécessite une certaine concentration, et une confiance du participant qui n’est pas aisée à installer. 

11:04′ Il nous décrit La malle d’illusionniste – Une expérience personnalisée en réalité augmentée dans laquelle des musiques se déclenchent selon les gestes que le participant exécute dans la scénographie. Pour que l’immersion fonctionne la spatialisation du son est cruciale.

15:37′ Comment se développe un projet? Il commence souvent par une idée délirante de Samuel, qui devient avec Rémi un pitch qui va ensuite être testé auprès des amis, et devenir un début d’histoire. Le public est inclu dès le début… A l’opposé de ce qui est préconisé dans un de nos ouvrages de référence, « An audience of one » : être sa première audience et se préserver de la confrontation au public à la genèse d’une oeuvre… Vaste question que Samuel et Rémi se posent tout de même en tâchant d’écouter leurs envies et faire des réactions du public une vraie matière, en observant leurs réactions spontanées plutôt qu’en écoutant leurs commentaires qui ne concordent pas forcément…

21:32′ Comment constituer une équipe pour créer une expérience immersive? Une dizaine de personnes sont en général requises pour développer un projet – développement des visuels, modélisation, creative coding… des compétences pointues et des profils variés qui doivent collaborer artistiquement avec des contraintes et des langages différents… Une complexité qui nécessite des qualités d’écoute et d’humilité et une vision transversale. Et une fois l’équipe constituée, il faut encore convaincre financeurs, institutions, mécènes et diffuseurs avec, là encore, leurs langages propres. 

29:40′ Les méthodes de travail de Samuel? Elles sont différentes pour chaque projet. Mais un processus comparable cependant se dessine de l’un à l’autre, chaos de questions, idées de scènes affinées une à une au contact de Rémi et de proches, et « une sensation de colonne vertébrale qui se range ». 

32:27′ On aborde le langage de l’immersion, Samuel prend comme référence première le musée, lieu que l’on peut qualifier de très peu immersif. Dans une des créations de Tamanoir, le visiteur (via un casque de réalité virtuelle) est amené à entrer dans un tableau de Magritte, dans lequel il peut se déplacer et actionner des « portes » – liées à certains des symboles – qui ouvrent vers un autre tableau…

36:40′ En seconde partie d’entretien on a imaginé pour Samuel un spectacle céleste et on s’est interrogé sur le lâcher-prise, si essentiel pour vivre pleinement une expérience immersive. On a demandé à Samuel ses petites astuces pour faire entrer quelqu’un dans ses histoires avant même de lui installer le casque de réalité virtuelle, et l’accompagner à « chuter dans le terrier d’Alice à Pays des Merveilles ». Dans ses étoiles? La maîtrise de l’illusionnisme, avec pourquoi pas, en jouant avec la perception, le rêve de pouvoir plus tard voir avec d’autres yeux. A la manière de la pluie dessinant de façon sonore les contours d’un paysage, comme dans les récits de John Hull ou Oliver Sacks. Samuel évoque aussi la poésie que peuvent créer des game designers comme Sabrina Calvo via la métaphore et nous parle des peintures de Toulouse-Lautrec et de balades entre de grands arbres bien alignés…

Avec Samuel on a vu que la conception d’un spectacle immersif nécessite d’être créatif dans toutes les dimensions de ce spectacle – la gestion du corps, le son, l’espace, l’invocation de la mémoire, la narration… Pour cela il s’attèle à exprimer ses idées dans plusieurs langages pour leur donner vie avec son équipe et les tester. Il se laisse le temps de cheminer d’inspirations en inspirations pour composer ses histoires, et sait se faire confiance pour garder les bonnes. « Avant je prenais beaucoup de notes et quand je relisais mon carnet je me rendais compte que j’avais écrit 10 fois la même idée sans m’en apercevoir ». C’est cela la puissance des idées qui sonnent comme des évidences.

Références

  • Livre « An Audience of One : Reclaiming Creativity for Its Own Sake », Srinivas Rao
  • L’expérience VR et le film : Note en Blindness Il nous raconte l’entrée dans la cécité de John Hull, penseur australien, qui avait consigné sur des cassettes audio les bouleversements provoqués par la perte de la vue et les perceptions nouvelles qui en découlaient. 
  • Podcast « Sur les épaules de Darwin » de Jean-Claude Ameisen : la série sur l’écrivain Oliver Sacks, diffusée en septembre 2015, épisode 1, épisode 2, épisode 3 où sont notamment évoqués ses ouvrages L’Oeil de l’esprit et Musicophilia. 
  • Podcast Sabrina Calvo 

Ecriture, production & réalisation : Marylène Ricci et Hélène Marois

Montage : Titouan Dumesnil

Générique : « Liberate », Immersive Music